Calcul 2025
Sur le futur et la nouvelle année
Bienvenue dans la seconde édition de Calculs d’avenir.
Je n’ai pas pu vous transmettre d’édition la semaine passée, car les conditions n’étaient pas réunies pour pouvoir réfléchir et écrire.
Au programme de cette édition :
mes réflexions de début d’année sur la place des tendances et la possibilité d’une théorie sur le futur,
une alerte sur le recul d’intérêt en matière d’écologie,
une astuce de futuriste, le modèle STEEP.
I. Calcul 2025 - Réflexions sur le début d’année
1. Réflexions sur le phénomène des tendances de début d’année
C’est une habitude de chaque début d’année : la sortie de cahiers de tendances et de prospectives.
Source : Recherche Bing du 21 janvier
Plus que les années passées, ce début d’année a sonné comme une incompréhension.
Car le constat est toujours le même :
les thématiques étudiées sont toujours les mêmes d’une année sur l’autre, avec un soupçon feint de nouveauté : on ajoute ainsi l’IA aux tendances e-commerce ; on croise des tendances sociétales lourdes (comme l’éloignement inter-générationnel) avec des expressions refaites (sur l’économie de l’attention, de la fonctionnalité, les millenium) ;
Source : le nouvel économiste
les descriptions servent souvent un discours convenu, pour ne pas dire plat ;
peu de vision globale, systémique des enjeux, et des thématiques souvent cloisonnées.
2025 n’a pas échappé à ce constat : le partage des tendances de début d’année a démontré un même niveau de platitude, et presque de superficialité.
Mais alors : pourquoi partager des tendances dont on voit bien le caractère insipide, et sachant qu’elles seront vues ainsi ?
J’y vois trois explications possibles :
la place du marketing en début d’année : le nouvel an est un événement planétaire, donc impossible pour les organisations de ne pas chercher à en tirer profit ;
le plaisir d’imaginer un futur convenu :
Comme l’a souligné dans un post Linkedin Franck Spencer, fondateur de l’institut TSFX, les tendances de début d’année sont sélectionnées de manière à éviter de penser des futurs alternatifs dérangeants.
Source : Linkedin
Les tendances de début d’année nous font ainsi nous focaliser sur ce qui est convenu, acceptable de penser.
Pas sur ce qui DEVRAIT être pensé.
les tendances comme rituels de début d’année : j’ai eu la chance d’échanger récemment avec un anthropologue spécialiste des rituels dans les sociétés. Et je n’ai pu m’empêcher de voir un lien entre les tendances de début d’année et ce concept de rituel. En effet, un rituel désigne “un ensemble de pratiques prescrites ou interdites, liées à des croyances magiques et/ou religieuses, à des cérémonies et à des fêtes, selon les dichotomies du sacré et du profane, du pur et de l’impur. ”
Source : Qu'est-ce qu'un rituel ? Sens et problématique | Cairn.info
Source : 10 Rituels de NOUVELLE ANNÉE
2. Brèves réflexions sur 2025 : multiple de 5 et mid-decade
2025 n’a rien de banal. Et c’est peut-être sa caractéristique la plus troublante.
Premièrement, 2025 se situe en plein milieu de ce que les anglo-saxons appellent la critical decade, (décennie critique de 2020), dernière décennie où des changements réversibles sont possibles.
Deuxièmement, 2025 est le dernier multiple de 5 avant l’horizon de 2030 que l’on voit souvent dans les exercices de prospective. Ce sera donc une année jalon dans le déroulé des actions de long-terme.
Troisièmement, 2025 est lui-même un horizon, en tant que chiffre “rond”. Ce n’est pas une fois arrivé à 2030 que les comptes seront soldés, mais bien avant. 2025 sera probablement révélateur de plusieurs contradictions, je pense notamment à :
l’écologie, incapable de s’imposer comme idéologie dominante et prisonnière d’une image connotée médiatiquement, malgré sa nécessité ;
la technologie, considérée souvent comme solution miracle, mais qui exacerbe les tensions sociales et économiques comme on le voit avec le sujet de l’IA ou de X par exemple ;
les institutions, conçues pour la stabilité, mais confrontées à des dynamiques qu’elles ne savent pas gouverner.
Mon pari est que 2025 sera l’année des points d’étapes et des bilans en matière d’actions prospectives.
3. Réflexions sur le bruit informationnel et la possibilité d’une théorie du futur
La dernière réflexion que j’aimerais partager dans cette édition, est celle de notre rapport au bruit du monde et du lien avec une éventuelle théorie du futur.
En effet, nous sommes constamment abreuvés d’informations et ce que j’ai réalisé en passant à la nouvelle année, c’est à quel point notre image de la future année, et du futur tout court, est déterminée par notre rapport à ce bruit informationnel. Notre manière de sélectionner, filtrer, intégrer, ce bruit, détermine sans qu’on en est conscience finalement, notre rapport à la réalité présente et à celle que nous construisons pour le futur.
Mais dans ce cas, si nous construisons le futur sur la base d’un bruit inconscient, pourrait-on dire que ce bruit est une composante déterminante de notre futur ? Mais alors sous quelle forme et dans quelle perspective ?
De la même façon que des mathématiciens ont défendu l’idée que les mathématiques préexistaient au monde, en notant que des phénomènes physiques obéissaient à des lois intangibles, peut-on trouver des évènements futurs obéissant à des lois qui préexistent au monde ? Et est-ce à dire qu’il y aurait un concept, une forme d’abstraction du futur, qui soit consubstantielle au monde ?
Pour être honnête, je trouvais ces questions au départ un peu lunaires.
Mais lorsque j’ai vu qu’une conférence était organisée il y a quelques jours sur la question de l’existence d’une conscience universelle du monde… et qu’en participant, y figuraient parmi les plus éminents prospectivistes du monde… j’ai réalisé que cette idée n’était pas si folle.
Comme je viens des mathématiques et du monde de l’ingénierie, j’ai pu voir qu’il y a des scientifiques qui se sont posées des questions sur l’unification du temps et de l’espace (de Einstein, à Boltzmann, jusqu’au français Alain Connes).
Certains prospectivistes considèrent que nous entrons dans cette ère de la conscientisation, où nous allons finir par découvrir une conscience universelle unifiant les sciences.
C’est peut-être ce qui manque pour révolutionner le mouvement écologiste : une conscience de l’individu universelle.
C’est ce que j’aimerais approfondir cette année dans Calculs d’avenir.
II. L’alerte du futur de la semaine : comprendre le désintérêt pour l’écologie
L’alerte de la semaine, c’est le chemin inquiétant que prend le monde face aux enjeux climatiques.
Malgré son urgence, l’écologie s’essouffle sur le plan idéologique. La COP29 en a été une illustration frappante, avec un désintérêt général qui tranche avec les débats houleux des années passées.
Je vois dans cette situation, une dynamique engendrée par le déclin du capitalisme comme idéologie dominante. Ce déclin est entrain d’ouvrir une brèche, sur laquelle plusieurs philosophies politiques tentent de surfer, menant à la structuration d’une nouvelle bataille idéologique.
Car ce déclin de l’écologie est en réalité une perte d’influence dans le jeu de concurrences que lui déclarent les tenants d’autres idéologies, notamment techno-solutionnistes et transhumanistes, à travers Trump et Musk qui eux, au contraire, portent une vision concrète de l’individu du futur. On peut ne pas l’apprécier, mais c’est une réalité. Et cela ne peut qu’entrainer le recul des idéologies concurrentes, en tête desquelles la philosophie écologique.
L’écologie ne pourra reprendre la main qu’à travers une nouvelle vision de l’individu du futur, ce qu’elle ne propose pas, ou pas assez, aujourd’hui (pour s’en convaincre, il suffit d’écouter l’entretien récent donné par la secrétaire générale de EELV auprès du journal Humanité).
III. Pour aller plus loin
Travail récent le plus complet et intéressant de ces dernières années pour comprendre où nous en sommes dans le monde en matière d’anticipation.
L’un des articles qui a eu le plus d’impact sur moi : A case for the polycrisis, explained | Vox
Une preuve de la simultanéité des crises, et de leur caractère potentiellement irréversible. A lire si vous souhaitez comprendre pourquoi cette décennie est lourde d’enjeux.
Plus intéressant que les tendances, la vision de la prospective de début d’année du BCG : Navigating the Future with Strategic Foresight | BCG
Rare de voir un cabinet de stratégie d’envergure parler de prospective. L’intérêt pour les défis futurs des grands cabinets est une tendance à suivre.
The impact of noise and topology on opinion dynamics in social networks | Royal Society Open Science
Etude difficile mais intéressante pour saisir la dimension topologique des dynamiques de circulation de l’information et leur impact sur l’opinion.
IV. Astuce de futuriste
Le modèle STEEP (Social, Technological, Economic, Environmental, Political) est un outil classique de prospective.
Astuce : Pour analyser une tendance ou un événement, posez-vous ces questions :
Social : Quels impacts sur les comportements ou les cultures ?
Technological : Quelles innovations ou limites techniques ?
Economic : Quels effets sur les ressources ou les modèles économiques ?
Environmental : Quelles conséquences sur l’écosystème ?
Political : Quels ajustements législatifs ou stratégiques ?
Basique mais très utilisé pour modéliser des effets systémiques.
C’est la fin de cette édition 2 de Calculs d’avenir.
N’hésitez pas à me faire part de vos retours, et à partager cette édition si vous avez apprécié la lecture.
Merci de faire partie de la communauté des lecteurs de Calculs d’avenir !
A bientôt pour la prochaine édition
Mehdi






